Guillaume Seznec est né le 1er mai 1878 à Plomodiern (Finistère). Ses parents, Yves Seznec et Marie-Anne, née Colin, y possédaient une ferme assez importante (Kernéol). La malédiction qui le guettait dès son plus jeune âge n’allait pas tarder à entrer en scène. Le secrétaire de mairie qui enregistra la naissance de l’enfant l’affubla d’un mauvais prénom (Joseph – qui ne devait être que son deuxième prénom). On continua cependant à l’appeler Guillaume. Six ans plus tard, nouvelle erreur du préposé ! L’enfant fut déclaré officiellement mort le 28 décembre 1884, à la place de son jeune frère Hervé, décédé à vingt-trois mois des suites d’une grave maladie.

Curieux et inquiétant présage : pour les Bretons, porter dès sa naissance un autre prénom que le sien et décéder à la place de son frère ne peut que porter malheur. Pour une fois, ces superstitions allaient amplement se justifier.

Après des études médiocres, Guillaume quitte le collège à seize ans pour la ferme familiale de Kernéol. Son père étant décédé quand il avait six ans, c’est sa mère qui dirige avec autorité les sept garçons de ferme et les deux servantes. Le travail de la terre ne passionne pas le jeune Guillaume. Ce qu’il aime, c’est la mécanique.

Le 18 juillet 1906, il épouse Marie-Jeanne Marc, une jeune fille de bonne famille. Ils achètent un commerce sur la place de Plomodiern, en face de l’église. Vente et réparations de vélos.

Marie-Jeanne est enceinte. Elle accouche d’une petite Marie le 1er novembre 1908. Ayant dû s’absenter de chez lui pour effectuer une période militaire à Chateaulin, c’est un télégramme qui lui apprend la nouvelle. L’heureux père se précipite et il n’est pas encore arrivé qu’il aperçoit un incendie dans Plomodiern : c’est la grange voisine de chez lui qui flambe. Par deux fois il entre dans son magasin pour sauver Marie-Jeanne, le bébé qui n’a qu’un jour, et ce qu’il peut de sa marchandise. Et là, c’est le drame préfigurant le destin tragique de Guillaume Seznec. Un bidon d’essence explose. On le ressort, le visage et les mains gravement brûlés. Des cicatrices marqueront désormais son visage. Guillaume Seznec est un homme que l’on remarque, à cause de ces « signes particuliers ».

On donne à Marie un petit frère. Guillaume naît le 13 mars 1910.

Grâce aux dédommagements accordés par l’assurance, Guillaume Seznec et Marie-Jeanne se lancent dans une nouvelle aventure, toujours dans le commerce. En juillet 1912, ils montent une blanchisserie à Saint-Pierre-Quilbignon, un faubourg de Brest. Jeanne, qui deviendra la mère de Denis, vient au monde le 8 novembre de cette année.

Et puis c’est la guerre. Réformé à cause de ses brûlures, Guillaume Seznec reste sur place. L’armée réquisitionne la blanchisserie et on lui confie le nettoyage du linge de toute la garnison de Brest.

Le petit Albert naît le 31 octobre 1914. C’est le quatrième enfant de Guillaume et Marie-Jeanne.

Vivant mal d’être resté sur l’arrière, Guillaume Seznec se porte volontaire pour aller, pendant un an, à la poudrerie de l’île d’Ouessant. C’est Marie-Jeanne qui dirigera, seule, la blanchisserie pendant cette absence. Lorsqu’il revient, la guerre est devenue horrible. Une véritable boucherie.

En 1917 apparaissent de nouveaux clients : les Américains, dont les troupes viennent de débarquer au Havre. Ils règlent presque le triple de que ce paie l’armée française, et en dollars cash ! C’est un véritable coup de fouet pour l’entreprise familiale. Marie-Jeanne range précieusement ces magnifiques dollars-or dans une petite boite en carton. Il est admis qu’elle décidera de leur utilisation puisque c’est elle qui a pris la direction de la blanchisserie.

Un an plus tard, le régiment de Seznec se trouve transféré à Morlaix, la famille suit.

La blanchisserie de Brest continue à tourner.

Les Seznec se portent acquéreurs d’une propriété, Traon-ar-Velin, une scierie désaffectée à la sortie de Morlaix, où l’on va s’installer pour une longue période.

Puis quand la guerre se termine, Guillaume Seznec découvre petit à petit l’existence d’un commerce bien particulier : l’achat et la revente des stocks américains.

Désireux, comme la plupart de ses compatriotes de bénéficier de cette manne, il achète un camion et quelques articles (en particulier un important lot de couvertures) qu’il entrepose dans un grand hangar qui borde la route.

Charles Marc, l’un des frères de Marie-Jeanne, propose à Guillaume de lui racheter la blanchisserie de Brest. Un accord est conclu pour un paiement échelonné.

En 1922, la blanchisserie brûle, et comme les Seznec en sont encore légalement propriétaires, c’est eux qui reçoivent l’indemnité de l’assurance. C’est ainsi que naît la rumeur, colportée par de mauvaises langues. Seznec est un malin qui met le feu à ses biens pour toucher les primes d’assurances.
C’est en 1922 que Guillaume Seznec fait la connaissance de celui qui deviendra son associé, Pierre Quemeneur. Non à propos du bois (Seznec était maître de scierie et Quemeneur négociant en bois) mais du stock de couvertures américaines que guillaume avait acheté.

En 1923, Guillaume Seznec décide de changer de métier. Après avoir fait d’importants travaux, il rend à la propriété sa véritable vocation : le travail du bois. Le voilà à la tête d’une importante scierie qui emploie une douzaine d’ouvriers. Deux personnes servent fidèlement la famille : la bonne, Angèle Labigou, et Sanson, le « chauffeur » de la scierie (celui qui s’occupe des machines et des véhicules).

Guillaume Seznec est maintenant ce qu’on appelle « un homme arrivé », maître de scierie, père de famille, rangé, dur en affaires certes, mais avec une ambition tournée vers la prospérité de sa famille.