Le 25 mai 1923, Guillaume Seznec, maître de scierie à Morlaix, et Pierre Quemeneur, Conseiller Général du Finistère, quittent Rennes au petit matin pour se rendre à Paris en Cadillac.

Associés depuis plusieurs mois, les deux hommes roulent vers la capitale pour y négocier un contrat de vente d’automobiles américaines qui promet d’être juteux. C’est l’époque des grands trafics de l’après-guerre et Quemeneur se propose de racheter ces voitures un peu partout en Bretagne pour les revendre à prix d’or aux Soviétiques – on disait alors les Soviets – qui en manquent cruellement. La France regorge de Cadillac. Une conséquence de la guerre. Elle s’est engagée à racheter tout le matériel que l’U.S. Army n’aurait pas rembarqué à l’issue du conflit. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée avec un stock impressionnant de belles américaines.

Le voyage vers Paris vire au cauchemar. Connaissant pannes sur pannes, la voiture est à l’agonie. A Houdan, Quemeneur décide de prendre le train pour ne pas manquer son rendez-vous Parisien. C’est devant la gare de cette ville que les deux hommes seront vu ensemble pour la dernière fois. Officiellement, on ne reverra jamais Quemeneur. Ni vivant, ni mort.

Guillaume Seznec rentre donc seul à Morlaix. Une enquête concernant la disparition du Conseiller Général du Finistère est ouverte. On la confie au commissaire Vidal et à son adjoint Bonny. Il faut trouver un coupable et vite ! Immédiatement suspecté, Seznec ne tarde pas à représenter l’assassin idéal. Malgré l’absence de cadavre, de preuves, de mobile et d’aveu, il sera inculpé pour assassinat et faux en écritures. Condamné aux travaux forcés à perpétuité, on l’enverra au bagne en Guyane. Refusant la grâce qu’on lui propose, il déclarera :

    « Il n’y a que les coupables qui puissent demander pardon, moi je n’ai commis aucun mal, je ne dois et je ne peux que demander la justice. »

Gracié par décret du Général de Gaulle, il rentrera en France en juillet 1947, après plus de vingt ans de détention. Le visage émacié, il n’est plus que l’ombre de lui même. Toujours digne mais brisé, il ne cessera de clamer son innocence. Il décédera en 1954 des suites d’un accident de la circulation.

Cette histoire extraordinaire reste une des grandes erreurs judiciaires du siècle. Aujourd’hui, l’association France Justice soutient son petit-fils – Denis Seznec – dans son combat contre l’injustice. Son but est d’obtenir la révision du procès de son grand-père et défendre ainsi la mémoire d’un martyr innocent.

A voir : Les faits, les protagonistes et les dates de l’Affaire Seznec à travers une infographie très pédagogique (© IDE).