Circulaire n°27 - 15 mars 2007
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Le 11 avril 2005, une étape importante avait été franchie pour la réhabilitation de Guillaume Seznec. C’était la Chancellerie — une première — qui avait demandé la révision. Et, ce jour-là, après des années d’investigations, la Commission de révision avait enfin donné un avis favorable pour la révision.
C’est ainsi que le 5 octobre 2006, la Chambre criminelle, transformée en Cour de révision pour l’occasion ouvrait le débat pour la révision.
Le débat du 5 octobre
Pendant toute la journée, sous la présidence de Bruno Cotte, président de la Chambre criminelle, les quarante hauts magistrats (dont les trente-trois futurs votants) ont entendu Jean-Louis CASTAGNÈDE, le rapporteur, lire un texte plutôt défavorable à la réhabilitation ; puis la Cour de révision a entendu Jean- Yves LAUNAY, l’avocat général de la Cour de cassation, plaider pour la réhabilitation et réaffirmer sa conviction absolue de l’innocence de Guillaume SEZNEC, dénonçant avec force la machination policière.
Puis se furent les avocats Jean- Denis BREDIN et Yves BAUDELOT, et, en dernier, Denis SEZNEC qui prirent la parole.
Tard le soir, la Cour de révision s’est retirée pour deux mois de délibération. La finalité étant le vote, à bulletins secrets, qui, à la simple majorité, devait décider si la justice déchargeait ou non la mémoire de Guillaume Seznec de sa culpabilité. C’est-à-dire le réhabilitait.
Délibérations secrètes et houleuses
La première réunion de ces délibérations s’est tenue dès le 6 octobre et a duré près de dix heures.
Les débats étant houleux et les avis partagés, le vote a été remis à plus tard. Ce n’est qu’après une ou plusieurs autres réunions que celui-ci a pu avoir lieu.
Lorsque le rapporteur est sourdement hostile au principe-même de la révision, les mots choisis de son rapport se rajoutent aux manoeuvres souterraines et très subtiles d’une caste qui n’a guère l’habitude de remettre en question les jugements émis par d’autres magistrats.
La démarche était elle même considérée comme un défi...
Le jeudi 14 décembre, jour fixé pour rendre publique la décision historique, quasiment tout le monde attendait la réhabilitation officielle de Guillaume Seznec. Une partie de la presse annonçait même celleci comme déjà acquise...
L’Arrêt a été rendu, le jeudi 14 décembre 2006, avec des mots particulièrement cinglants. Ce qui sera interprété par les principales agences de presse (AFP, Reuter et Associated press) comme une forme de réponse de la Justice à la classe politique après l’Affaire d’Outreau.
Contre toute attente, comme vous le savez désormais, la Cour a rejeté la demande de la Chancellerie. Le nombre de votants a été de trente trois. La décision négative n’a été obtenue qu’à une très courte majorité (selon certaines sources, deux voix seulement ont fait basculer le vote).
La date choisie pour annoncer le rejet n’a peut-être pas été, selon certains observateurs, le fruit du simple hasard : c’était le lendemain de l’ouverture du débat parlementaire sur la réforme de la Justice voulue par le Garde des Sceaux...
Tous les faits nouveaux écartés
Aucun des faits nouveaux n’aura été retenu. Qu’ils soient anciens ou récents. Le vote ne se sera pas fait sur le doute comme l’exigeait la loi — UN DOUTE MONUMENTAL avait titré Le Figaro le lendemain du débat du 5 octobre — mais uniquement sur l’existence ou non « d’un fait nouveau susceptible de mettre un doute sur la culpabilité » ! Nuance : on ne dit pas Seznec coupable, on dit seulement qu’il n’y a pas de fait pouvant ouvrir la voie à la réhabilitation!
Le doute ne sera même pas évoqué
Oublié l’existence du personnage Gerdy ! Minimisé le rôle de Bonny, malgré ses aveux ! Déformé le témoignage de la résistante Colette Noll. Ignorées les expertises de l’Institut scientifique de criminologie de la Gendarmerie nationale accusant la Sûreté d’avoir fabriqué des faux. Etc, etc. La loi sur la révision — loi dite Seznec — ne sera donc jamais appliquée ! Cette évolution du droit n’aura été qu’une immense illusion qui ne prévaudra jamais contre cette obstination absolue de certains hauts magistrats de « ne jamais revenir sur la chose jugée » ! C’était cela en vérité — tout le monde l’a désormais compris — le véritable enjeu !
Ainsi la Cour aura balayé — à une courte majorité — tous les témoignages, prétextant leur caractère « indirect », « tardif » ou encore leur « fragilité » ! Et lorsque les faits nouveaux étaient trop gênants, ils ont été tout simplement escamotés! Pour information lisez Le Monde du 16 décembre. Ses quatre pages (dont la Une et l’éditorial) sont édifiantes ! « Stupéfaction après le sinistre arrêt » les mots ne sont pas trop forts. Nous reproduisons l’entièreté de ces pages, ainsi qu'un certain nombre d'éditoriaux, dans cette circulaire.
Le 14 décembre la Justice avait donc rendez-vous avec l’Histoire ! En refusant tous les faits nouveaux, avec des mots cinglants, elle aura ainsi complètement raté une occasion historique — et unique (c’était le seul cas d’une réhabilitation postmortem) — de montrer, à son plus haut niveau, qu’elle était capable de reconnaître une erreur.
Un désastre pour la justice
Comme l’a déclaré Denis Seznec à sa sortie du Palais de justice « C’est un désastre pour la justice ! Pour sa crédibilité, pour son image et, finalement, pour son autorité! » Il rajoutait (ce qui fera le titre de la plupart des médias « La justice, avec son bandeau sur les yeux, se disait aveugle. Depuis l’Affaire Outreau on l’avait découverte sourde. Avec l’Affaire Seznec, elle est devenue folle ! »
Une folie, effectivement, pour la Justice, d’avoir loupé une telle occasion de se réconcilier avec l’opinion. Pour cela elle aura cru bon de :
- minimiser la requête présentée par la Chancellerie elle-même ;
- s’opposer aux conclusions de l’avocat général de la Cour de Cassation ;
- ignorer les expertises de l’Institut scientifique de criminologie de la gendarmerie;
- ne respecter l’esprit de la Loi Seznec, pourtant votée à l’unanimité du Parlement et privilégiant le doute.
- oublier les regrets des jurés qui avaient pourtant réclamé la révision. La Justice aura ainsi montré, finalement, son mépris du Peuple français au nom duquel elle prétend rendre ses jugements.
Après cet arrêt honteux, malgré l’incompréhension exprimée par le Garde des sceaux lui-même et la stupéfaction unanime de tous les leaders politiques, voici ce qu’a déclaré le premier président de la Cour d’appel de Rennes lors de la rentrée de la plus haute institution judiciaire de Bretagne (Le Télégramme 13 janvier) : « L’acte de juger doit rester sanctuarisé. (...) Alors que l’opinion publique attendait une révision, n’eût-il pas été plus facile pour les 33 magistrats de très haut rang et à l’expérience diversifiée, de flatter l’opinion ? Sans doute et pourtant, c’eût été une curieuse désinvolture. Sans prendre parti sur le fond d’une affaire que je ne connais pas, c’eût été la porte ouverte à une instabilité, à une insécurité juridique et judiciaire gravement dommageable ! La décision longuement motivée de la Chambre criminelle vient mettre un coup d’arrêt à ces tentatives de rendre provisoires toutes décisions de justice avec les conséquences que l’on peut imaginer. » Tout est dit...
D’ailleurs, s’il devait demeurer un doute sur cet esprit corporatiste, voici également les réactions des deux organisations de magistrats devant les appels des Parlementaires à assouplir la procédure pour que le doute ait toute sa place, enfin, dans la Loi Seznec :
- « Cela serait une piste dangereuse, cela voudrait dire qu’on rejuge ! » Syndicat de la magistrature (gauche).
- « On ne change pas une loi sous le coup de l’émotion. » USM (droite).
Pour certains, on le voit, une injustice est préférable que de revenir sur la chose jugée... Mais ces « syndicalistes » en défendant un corporatisme forcené, ne sont pas forcément représentatifs de l’entièreté du corps de la magistrature. La preuve : une forte minorité des hauts magistrats de la Cour de révision ont voulu réhabiliter Seznec.
Soutien du Conseil de l’Ordre des avocats de Paris
Le 20 décembre, à la Maison du Barreau de Paris, Jean-Marc DELAS, vice-président du Conseil de l’Ordre des avocats, a publiquement assuré Denis Seznec que « la quasi-totalité des avocats de France soutiennent votre combat ». Une lettre de Yves REPIQUET, le Bâtonnier, parviendra à Denis, quelques jours plus tard, confirmant ce soutien.
Des milliers de lettres de soutien sont arrivées au siège de France- Justice. Parmi elles, de nombreuses émanent de magistrats ou d’historiens. Celle de François Pinault, l’homme des grands défis industriels, résume le sentiment général : « Vous avez certes perdu une bataille, mais vous avez déjà gagné la guerre ! Il suffit de constater la vague d’indignation qu’a soulevée la décision de la Cour de révision pour s’en rendre compte. »
Soutien inattendu de Ségolène Royal
Mais les soutiens ont été également politiques. Au-delà de la déclaration du Garde des sceaux disant son désappointement et félicitant Denis Seznec pour son combat (ce qui signifie en termes moins diplomatiques un désaveu de la décision de la Cour de révision). Quasiment tous les leaders ont envoyé des messages de soutien directs ou indirects. La marque de sympathie la plus inattendue aura été la visite de Ségolène ROYAL et de François HOLLANDE le soir du réveillon chez le couple d’amis qui recevait Denis Seznec et sa compagne. Le couple, voisin des amis en question, avait appris la présence de Denis pour ce soir de Noël à quatre qui s’annonçait marqué d’une certaine tristesse cette année... La fraîcheur de ce soutien spontané (aucune arrière-pensée puisque aucun micro ou caméra) — au-delà des positions politiques de chacun — a beaucoup touché Denis Seznec.
Plainte auprès de la Cour européenne
Pascal CLÉMENT, ministre de la Justice lui ayant dit la difficulté — l’impossibilité morale — de voir la Chancellerie (c’est elle qui a été déboutée) porter plainte devant la Cour européenne de Justice contre... la France, Denis Seznec, appuyé par la Ligue des Droits de l’Homme, s’apprète à porter plainte auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme contre la justice française. Il a jusqu’au 14 juin 2007 pour prendre sa décision. Décision difficile. Sur le plan moral, il a des chances d’obtenir la condamnation de la France par les 27 pays qui composent cette haute cour pour inéquité et un arrêt uniquement à charge, mais il ne peut guère espérer pour autant une réhabilitation de son grand-père.
Le Parlement ulcéré
Le vrai espoir se situe dans la réforme — la vraie ! — que le Parlement s’apprête à entamer après les élections (Présidentielle et législative). En effet, la Loi Seznec avait été votée à l’unanimité, et les députés — toutes tendances confondues — n’ont guère apprécié que son esprit n’ait pas été respecté. Le doute n’a jamais été pris en compte.
La Loi Seznec va être modifiée
Une réunion de travail s’est tenue à l’Assemblé nationale le 14 février dernier où étaient présents entre Philippe HOUILLON (député UMP et Président de la Commission des lois à l’Assemblée nationale), André VALLINI (député PS et vice-président de la Commission d’enquête dans l’affaire Outreau), Georges FENECH (député UMP), Jacques FlOCH (député PS) et plusieurs avocats ou magistrats. Après le rejet de la requête en révision du procès de Guillaume Seznec, il leur est apparu « que la non-application de l’esprit de la loi sur la révision des condamnations pénales — votée à l’unanimité du Parlement en 1989 — imposait une modification de celle-ci. »
L’Affaire Seznec demeure symbolique
Dans la proposition de loi qui a déjà été déposée sur le Bureau de l’Assemblée nationale — co-signée par de nombreux députés de tous les horizons politiques, il est écrit notamment, en préambule, que : «
Depuis de nombreux mois, la justice peine à sortir d'une crise majeure qui n'a fait que renforcer la traditionnelle méfiance des Français à l'égard de cette institution. Pour retrouver la confiance de nos concitoyens, la justice doit notamment pouvoir démontrer qu'elle est en mesure de se remettre en cause, de rectifier ses erreurs. » Que « la procédure de révision doit être considérée comme « un facteur d'anoblissement pour la justice ». Que « malheureusement la judiciarisation du filtrage des requêtes en révision de la loi de 1989 a créé les conditions d'une fréquente contradiction entre le point de vue de la Commission et celui de la Cour de révision, préjudiciables pour le crédit de la justice » ce qui fut le cas dans l’Affaire Seznec. Que « si un doute existe, fût-il léger, il devra conduire la Cour de révision à décider d'un nouveau procès ou, si celui-ci est impossible, à annuler la condamnation sans renvoi. »
L’Affaire Seznec, on le voit, illustre la difficulté à cerner la part du doute dans notre droit. Elle demeure le cas emblématique qui devra permettre à la Justice de montrer, justement, que le doute doit toujours prévaloir.
On peut se réjouir de constater que les parlementaires, comme la quasi-totalité des candidats à l’élection présidentielle (auxquels Denis Seznec a lancé un appel le 20 décembre 2006 à la Maison du Barreau de Paris), ont pris à bras le corps le problème fondamental de l’institution judiciaire : pour recouvrer sa crédibilité, la justice doit commencer par reconnaître ses erreurs.
La loi de 1989 — dite Loi Seznec — n’aura jamais été véritablement appliquée. Elle devra donc être refondue lors de la prochaine législature.
LE BUREAU DE FRANCE-JUSTICE
La résistante Colette Noll est écoeurée
Colette NOLL, la grande résistante dont le témoignage était à l’origine de l’avis favorable de la Commission de révision, est bouleversée. Son témoignage jugé « incontestable » selon les magistrats instructeurs, n’aura pas compté ! BONNY, le gestapiste, aurait à peine existé. « J’aurais été arrêtée, déportée, mes camarades fusillés à cause d’un fantôme ! » Quant à GHERDY, c’est désormais un personnage devenu énigmatique...
Lorsqu’elle s’était manifestée, en 1997, Geneviève de GAULLE avait spontanément écrit au ministre de la Justice pour confirmer la grande honorabilité de cette résistante hors pair. Celle-ci, écoeurée, envisage de porter plainte : le procès- verbal de sa déposition a été déformé. Elle n’y parlait pas de policier allemand mais d’agent de la Gestapo. Colette NOLL a écrit à Denis Seznec dès le lendemain de l’ Arrêt : « Ils [les magistrats] ont préféré faire bénéficier du doute des truands et des policiers ripoux, écouter les ragots d’une femme de ménage plutôt que la voix de juges intègres, ou des témoins hors de tout soupçon. (…) L’attitude des quinze ou vingt magistrats qui ont voté le rejet de révision ressemble étrangement à l’entêtement infantile ou sénile du juge Burgaud dans l’affaire d’Outreau. La source du problème c’est ce corps sclérosé de la magistrature, auquel les honnêtes gens ne peuvent plus faire confiance… Il faut l’opérer d’urgence. Et cela ne peut être fait que par la voix démocratique et publique : Assemblée nationale, gouvernement. »
Au moment de la mise sous presse, nous apprenons, avec une immense tristesse la mort de Lucie AUBRAC, La grande résistante. Membre de FJ (carte n°4104) elle était une fidèle de la Cause de Guillaume Seznec.
Remercier une partie des magistrats est-ce injurier les autres ?
Contrairement à ce qui a été affirmé par Bruno Cotte, président de la Chambre criminelle et président de la Cour de révision, Denis Seznec n’a jamais injurié les magistrats (« Je vous en prie ! réplique le président de la Cour de révision. Vous avez le droit de maudire vos juges, pas celui de les injurier ! ») Toutes les personnes présentes — dont les représentants les plus éminents de la presse écrite ou télévisée — peuvent en témoigner. Bien au contraire, Denis Seznec venait de déclarer à haute voix à l’adresse de la Cour : « Je salue et remercie la forte minorité de magistrats intègres qui, lors du vote, ont désiré la réhabilitation de mon grand-père ! »
Est-ce que le qualificatif « intègres » adressé à certains magistrats a signifié que les autres — les dix-sept à vingt qui ont voté contre — sont proprement iniques ? Vu sous cet angle, ou pour un esprit tordu, cela peut être effectivement considéré comme une injure...
Sans précédent : les avocats estiment de leur devoir de dire publiquement leur stupéfaction
Dans le journal Le Monde, daté du 16 décembre 2006, Maître Jean-Denis BREDIN — considéré par ses pairs comme « le meilleur » — et Maître Yves BAUDELOT, disent leur colère devant l’Arrêt incompréhensible rendu par la Cour de révision. Une colère argumentée où ils expriment non seulement leur désappointement mais où ils estiment de leur devoir de dire publiquement — ce qui n’est guère l’habitude de ces grands avocats — leur stupéfaction. Ils ne seront pas les seuls. Tous les éditoriaux, sans aucune exception, exprimeront l’incompréhension et diront combien l’Institution allait encore plus se discréditer devant l’opinion publique.
Les principales agences de presse, notamment étrangères, iront encore plus loin : elles supputeront la corrélation entre cet arrêt inoui et l’affaire d’Outreau. Etait-ce une manière de la part de la Justice de dire sa façon de penser à la classe politique qui désire tant la réformer ? Nombre d’observateurs le pensent.
Les débats parlementaires sur l’affaire d’Outreau ont commencé, effectivement le 13 décembre. Le lendemain, la Cour de révision rejetait la demande de réhabilitation de Seznec...
Réconfort
Une interview de Claude Quémeneur dans un quotidien est titré : JE RESTE SANS VOIX DEVANT CETTE DECISION DE JUSTICE. Venant d’un des descendants de la famille Quémeneur, cela compense la petite vacherie d’un autre descendant — un lointain cousin qui ne portait pas le nom de Quémeneur — et qu’une antenne de FR3 a cru bon — après qu’il eut exprimé également son étonnement devant la décision inattendue — de capter : « Eh bien pour Denis Seznec ce sera la fin de son fonds de commerce! » Une petite phrase à contre-courant et cela donne l’impression d’avoir un scoop : «Allez coco, appelle FR3 national, on tiens une info ! » Certains sont prêts à enregistrer pendant des heures quite à ne rien vérifier. C'est ainsi que ce propos malveillant a été diffusé au 19-20 de FR3 le soir même.
Faut-il préciser, que l’une des notes de frais d’un des deux avocats, se monte à 73 000 €, uniquement pour 2006... Et les avocats sont officiellement gracieux ! Heureusement qu’il y a des droits d'auteur et France-Justice pour l'aider dans son « fonds de commerce » !
Petite intox
Un journaliste d’un quotidien (dont nous ne citerons pas le nom car il nous a habitués au sérieux de ses articles) a cru bon de titrer, le 21 décembre dernier, son article SEZNEC : 25 JUGES SUR 30 ONT DIT NON À LA REVISION.
Bien entendu, c’est faux. D’abord les magistrats étaient trente trois votants, (nous connaissons individuellement leurs noms), deuxièmement nos sources sont formelles : le résultat du vote a été acquis à « une très courte majorité». Refusant de donner ses sources à sa propre hiérarchie, le journaliste a fini par indiquer que c’était un magistrat qui lui avait donné ces chiffres...
Aucun de ses confrères n’a repris cette fausse information. Mais après tout, le but de la manoeuvre n’étaitil pas de jeter le doute sur le doute qui avait saisi finalement les 33 magistrats ?
Le magistrat à l’origine du rejet est décédé
Jean-Louis CASTAGNEDE, qui avait présidé la cour ayant condamné Maurice Papon pour "complicité de crimes contre l'humanité" en 1998, est mort dans la nuit de samedi à dimanche, peu après lui, d'une rupture d'anévrisme. Conseiller à la Cour de cassation il a été le rapporteur de l'examen en révision de la condamnation de Guillaume Seznec. Ses conclusions ont contribué fortement au rejet. Cela ne lui aura pas porté chance.
L’Appel à la Cour européenne des Droits de l’Homme
L’appel de Denis Seznec à la Cour européenne des Droits de l’Homme doit être déposé avant le 14 juin prochain. En effet, une plainte doit être déposée dans les six mois qui suivent le jugement de l’ultime juridiction nationale.
Les vingt-sept pays européens qui composent cette juridiction supranationale dispose chacun d’une voix. Tout arrêt se prend à la simple majorité et doit être appliqué obligatoirement par la justice nationale concernée. La sélection est extrêmement sévère : 90 % des 90 000 plaintes déposées en moyenne chaque année sont considérées comme irrecevables. Et 90 % de celles qui bénéficient d’un jugement sont rejetées !
Dans le cas de l’Affaire Seznec, la recevabilité va être déjà un cas de figure original. En effet, c’est la Chancellerie française qui a été déboutée par la Cour de révision et non le petit-fils... Ensuite, jamais une cour de cassation nationale n’a été condamnée jusqu’ici. De plus, c’est la première fois que la Cour européenne se penchera sur une affaire quasi-historique. Sa décision finale ne pourrait que condamner la procédure inéquitable de la justice française, en aucun cas réhabiliter Guillaume Seznec. Sauf à faire annuler l’Arrêt de la Cour de révision... Jamais dans l’histoire de la Justice française une procédure n’avait été aussi loin.
Les chances d’aboutir sont sérieuses mais sont sans précédent et... coûteuses : au-delà des juristes internationaux qui devront renforcer l’équipe il faudra évoquer le problème des frais (rémunération des quinze traducteurs, déplacements, etc).
L’aveu : « C’eût été la porte ouverte... »
S’il devait demeurer un doute sur l’esprit corporatiste qui est à l’origine du refus de la Cour de révision de réhabiliter Seznec, voici comment les deux organismes syndicaux de la magistrature ont réagi, dès le lendemain du 14 décembre, lorsqu’ils ont appris que le Parlement, choqué, envisageait de réformer la loi Seznec pour la faire enfin appliquer : tendance de gauche (Syndicat de la magistrature) : « Cela serait une piste dangereuse, cela voudrait dire qu’on rejuge ! » Tendance de droite (Union syndicale des magistrats) : « On ne change pas une loi sous le coup de l’émotion ! »
Mais il y a plus inquiétant encore. Ce sont les propos du Premier président de la Cour d’appel de Rennes, lors de sa rentrée le 12 janvier 2007 et rapportés par la presse : « Sourde aveugle et folle a-t-on dit de la Justice après le prononcé de l’arrêt Seznec. Sans prendre parti sur le fond d’une affaire que je ne connais pas, sa révision eût été la porte ouverte à une instabilité, à une insécurité juridique et judiciaire gravement dommageable ! La décision longuement motivée de la Chambre criminelle vient mettre un coup d’arrêt à ces tentatives de rendre provisoires toutes décisions de justice avec les conséquences que l’on peut imaginer. L’acte de juger doit rester sanctuarisé. »
L’erreur judiciaire est donc moins grave que la contestation d’un jugement. Tout est dit.
La vraie réforme de la Justice : après les élections !
Le scandale de l’affaire d’Outreau — malgré l’énorme retentissement sur les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire — n’aura quasiment rien changé ! Le début du débat parlementaire a débuté le 13 décembre — (l’arrêt contre la réhabilitation de Seznec était... le lendemain ! — et n’a, à la finale, quasiment rien réformé. La montagne a accouché d’une souris ! La vraie réforme, tout le monde le sait, aura lieu après la constitution d’une nouvelle assemblée nationale. Il faut un pouvoir politique fort et stable pour entamer une réforme qui affrontera forcément des oppositions corporatives puissantes.
En attendant, le seul signe positif vient d’ailleurs : notre ami Alain MARECAUX a prêté serment le 14 mars pour retrouver sa charge d’huissier. Ce n’est que justice ! D’autant plus que certains magistrats continue de faire courir des rumeurs sur les innocentés d’Outreau... Nous sommes fiers de le compter parmi nos membres. Il sera présent, comme l’année dernière, lors de notre Assemblée générale. En compagnie d’autres innocentés d’Outreau
Ils nous ont quittés
Paul QUINIOU nous a quittés brutalement le 15 novembre 2005. Un mois auparavant, le 18 octobre, il avait organisé avec succès une conférence sur l’Affaire Seznec près des Galeries Lafayette à Paris. Sa grande gentillesse laisse les amis de son club et FJ dont il était un membre actif, attristés.
Pierre BAFFERT, membre de FJ depuis sa création laisse lui aussi beaucoup de ses amis dans la tristesse.
Gabrielle PICHON, est décédée le 2 mai de cette année. Son père, Louis, était ce surveillant militaire qui, au bagne, avait tenté d’aider Guillaume Seznec en lui attribuant un faux sauvetage (la réduction de peine aurait été de dix ans...) Sa fille Danielle sait combien nous apprécions sa maman.
Christophe DE PONFILLY, nous a quittés le 20 mai 2006. Prix Albert-Londres, il était un grand reporter qui connaissait bien la géopolitique. Il était désespéré que le Commandant Massoud ait été assassiné et profondément déçu qu’il n’ait jamais été reconnu par les Occidentaux comme le véritable espoir pour l’Afghanistan. Les Talibans, eux, n’ont pas commis la même erreur... Au fil des années, à force de croiser Denis Seznec lors de différentes manifestations ou conférences, il avait lié une amitié fidèle qui s’est traduite par un soutien à FJ.
Anne-Marie CASTERET était aussi grand reporter mais à L’Express. C’est la journaliste qui, rappelez-vous, avait révélé le scandale du sang contaminé, ce qui lui avait valu des ennemis déterminés. En juillet 2005, elle avait proposé son aide à Denis Seznec car, disait-elle, une piste sérieuse concernant le ruban de la machine à écrire dans l’Affaire Seznec pouvait prouver la machination policière... Elle est malheureusement décédée le 21 mai 2006, avant de publier sa découverte.
Claude PIÉPLU, est décédé le 1er juin 2006. Il était l’un des premiers adhérents de FJ. En signant l’Appel pour la révision en 1989, l’acteur avait eu ces mots : « Mes Shadocks auraient sûrement mieux juger Seznec, c’est dire ma confiance en la Justice ! »
Laurence THÉPAULT est partie le 15 juin 2006. Elle était affiliée indirectement à la famille Seznec... et venait, à près de 90 ans, d’adhérer à FJ ! Sa tendresse laisse un grand vide affectif pour tous ceux qui l’appréciaient. Son fils Yves et sa femme Francine savent combien nous sommes avec eux.
Yvon TRÉMEL, était l’un des premiers députés qui a appelé le Parlement à voter la Loi Seznec. Décédé après une longue maladie le 1er juillet 2006, il a été un fidèle jusqu’au bout. Gérard OURY, nous a quittés le 20 juillet 2006. Le cinéaste était un soutien moral de FJ. Nous adressons à Michèle MORGAN, sa compagne, notre respect et notre affection.
Pierre VIDAL-NAQUET, qui nous a quittés le 31 juillet 2006. L’injustice insupportait par-dessus tout cet éternel humaniste.
Louis MIAULT, nous a quittés en août 2006. Juste auparavant cet ami fidèle avait organisé une grande conférence et avait réussi à faire venir les Tri Yann ! Un grand succès.
Nous n’oublions pas Nicole, l’épouse de Guy PLUNIER (président du Club de Bretagne), dont la messe de recueillement dans la cathédrale de Vannes a réuni plusieurs centaines de personnes tant elle était estimée.
Et puis il y a eu le départ de l’Abbé PIERRE... Il avait connu Guillaume Seznec dans les années cinquante lorsqu’il avait tenté de lui fournir une place de... concierge dans un grand hôtel de Deauville. Seznec avait décliné l’offre. Ne voulant pas devenir une attraction, une sorte de bête de foire, il préféra rester dans l’inconfort de sa cité d’urgence à Paris, chez sa fille Jeanne en compagnie de ses petits-enfants. L’abbé ne lui en tint aucunement rigueur, la preuve il a été l’une des premières personnalités à signer l’Appel pour la révision.
Comme Philippe NOIRET, l’acteur qui aura toujours dit présent pour la Cause, et qui nous a quittés dans la même période.
Le 5 mars 2007, c’est Henri TROYAT, l’académicien et « l’écrivain préféré des Français », qui nous quittait. Mais un départ qui nous bouleverse profondément, c’est celui de Nicole DUCROIZE, ce 6 mars 2007. Le jeudi 8 février elle était épanouie de constater le grand succès d’affluence (700 personnes) pour la conférence-débat organisée à Lesneven. C’est elle qui avait organisé la première conférence de Denis Seznec à Morlaix en 1988 ! Et cela faisait près de dix ans qu’ils ne s’étaient pas revus... Nicole n’avait pas été gâtée par la vie mais, profondément généreuse, le combat pour la réhabilitation de Seznec était devenue une de ses raisons de vivre...
Aux familles de tous nos membres disparus et à celles de ceux dont nous n’avons pas forcément connaissance de leurs deuils, le Bureau présente ses sincères condoléances.
Assemblée générale 2007
Notre assemblée générale se tiendra à Paris à la mairie du IXe 6, rue Drouot dans la grande salle du conseil (Métro : Richelieu-Drouot) Samedi 14 avril 2007 à 14 h 30 précises
Ordre du jour :
- Adoption des rapports d’activités et financier 2006.
- Le rejet de la requête en révision de l’Affaire Seznec.
- L’avenir de France-Justice.
- Le projet de loi modifiant la Loi Seznec.
- La future réforme de la Justice Bilan de l’affaire d’Outreau (certains d'entre eux seront présents).
Selon nos statuts, aucune élection n’a lieu cette année. Les pouvoirs qui pourraient être envoyés doivent être rédigés sur un papier libre et parvenir au siège social avant le 14 avril. Ils doivent être nominatifs. Ceux qui seraient éventuellement laissés en blanc seront distribués équitablement entre les membres du Conseil d’administration présents.
La Commission de révision de l’Affaire Seznec ayant rendu son arrêt le 14 décembre dernier, le débat qui suivra notre assemblée générale statutaire risque d’être particulièrement important. Cette réunion s’annonce donc exceptionnelle.
Après notre réunion, il est possible que nous réservions une salle pour un dîner collectif. Que celles et ceux qui envisageraient d’y participer nous le fassent savoir le plus tôt possible en envoyant un petit mot. Le nombre de place sera forcément limité.
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