7 avril 1927, Guillaume Seznec quitte Saint-Martin-de Ré à bord de La-Martinière.

Au bout de sept jours, le bateau fait escale à Alger pour embarquer un contingent de condamnés.

Puis c’est le départ définitif vers Saint-Laurent-du-Maroni : porte du bagne de Guyane…

Pendant un siècle, la Guyane Française fut l’exutoire pour les flétris de la société. Soucieux d’épuration sociale, Napoléon III suggéra en 1884 de choisir, comme lieu d’expiation, cette vague possession d’Amérique du Sud. Le 17 juin 1938, le président Daladier mettra fin à la « transportation »… en réalité, l’institution perdurera jusqu’en 1953, date des derniers rapatriements. Dès 1924, la France avait été mise au ban des nations lorsque ce système concentrationnaire, indigne d’une grande civilisation, avait été dénoncé par le journaliste Albert Londres.

Il fallut près d’un siècle à la colonie pénitentiaire, pour digérer les exclus à la casaque rayée, au nombre desquels furent Dreyfus, les compagnons de Bonnot, Duez, Papillon et Seznec, « l’innocent de l’île Royale ».

Un siècle de « Tentiaire » qui se conclue par un constat d’échec : des cicatrices encore visibles dans le paysage et des traumatismes dans les consciences…

Depuis, le temps s’est écoulé, la végétation tentaculaire a formé une gangue et semble vouloir enfouir aujourd’hui tous les signes de turpitude. Il ne reste plus aux îles du Salut que le plaisir d’une délicieuse promenade romantique sous les alizés.

Le bagne de Saint-Laurent du Maroni a été classé en 1995 patrimoine historique. C’est grâce à l’action du député-maire de cette commune, M. Léon Bertrand, que des travaux importants ont eu lieu. Il était temps car les bâtiments menaçaient de devenir définitivement des ruines. Squattés, les dégradations risquaient de devenir irréparables. Parmi les salles restaurées, il est question que l’une d’entre elles soit entièrement consacrée à Guillaume Seznec. On devrait y retrouver des éléments retraçant l’Affaire Seznec.

Après avoir restauré la « Maison de Dreyfus » sur l’île du Diable, le Centre Spatial Guyanais (C.S.G.) a entrepris, en 1995, la remise en état du sémaphore dont s’était occupé Guillaume Seznec sur l’île Royale. Les trois îles du Salut (île Royale, île Saint-Joseph, île du Diable) appartiennent à la direction générale du C.S.G. qui y a installé du matériel pour suivre la fusée Ariane lors de son décollage.

France Justice s’associe moralement aux différentes entreprises ayant pour but de conserver les vestiges du bagne. Il convient en effet de garder en mémoire cette page tragique de notre histoire.

Guillaume Seznec a été considéré comme innocent par l’administration pénitentiaire et ses compagnons de chaînes. C’est peut-être pour cela qu’il a été l’un des très rares bagnards qui, après plus vingt années de souffrances, en soit revenu vivant.

Défendre Seznec c’est donc aussi conserver la mémoire du bagne, tout comme l’on conserve des vestiges de Auschwitz ou de l’île de Gorée.