Cher Monsieur, Chère Madame,

Depuis 74 ans, l’Affaire SEZNEC évoque pour les Français l’une de ces affaires jugées sans preuve. Une affaire « criminelle’ sans cadavre, sans arme, sans témoin, sans aveux. Guillaume SEZNEC fut pourtant condamné au bagne à perpétuité sur la base de l’intime conviction de jurés mais qui, dix ans après avoir prononcé cette condamnation àune seule voix de majorité, ont signé une pétition réclamant la révision du procès.

Trois générations de la famille SEZNEC ont tenté d’obtenir la réouverture du procès. Lutte exemplaire, certes, mais aussi bataille fondamentale pour la justice française.

En effet, si la Justice acceptait de réviser l’Affaire Seznec, elle instituerait du même coup le recours en assises, qui existe partout dans le monde sauf en France et en Belgique.

Une loi (dite « Loi Seznec ») a été votée à l’unanimité le 23 juin 1989 qui devait permettre une révision lorsqu’il y a doute sur la culpabilité. Dans ce cadre, plus de 900 affaires criminelles ont été examinées. Toutes (dont les affaires Ranucci et Dominici) ont été jugées irrecevables ou déboutées. Seule l’Affaire SEZNEC, qui porte le n°001, aura franchi les difficiles étapes de cette procédure exceptionnelle.

Pourtant, malgré cette loi «taillée quasiment sur mesure pour Guillaume Seznec» (Le Monde 29-6-96), malgré sept années d’investigations où un nombre important de preuves, de témoins (ou faux-témoin se rétractant) et de révélations prouvant la machination contre Seznec ont été révélés, le 28 juin 1996, les cinq hauts magistrats de la Chambre criminelle ont estimé – par trois voix contre deux – qu’il n’y avait pas lieu à révision ! Préférant ainsi accorder de fait un brevet d’honorabilité à Bonny, l’inspecteur qui a avoué avoir fabriqué des preuves contre Seznec – celui-là même qui, après avoir été chassé de la police pour falsification de preuves dans les affaires Stavisky et Prince sera fusillé à la Libération pour collaboration – plutôt que reconnaître avoir commis une erreur judiciaire.

L’Affaire SEZNEC, en prenant le même chemin que l’Affaire DREYFUS, remet en cause la sacralité la plus absolue de la justice française : la chose jugée. La révision signifierait que, pour la première fois, un jury serait désavoué par une cour suprême instituée pour la circonstance.

C’est peut-être pour cela que Denis SEZNEC ne peut plus présenter une nouvelle demande en révision. En effet, la Cour de Cassation a verrouillé la procédure en décidant qu’un petit-fils ne pourrait plus demander la révision du procès d’un aïeul… Mais, malgré cet interdit, la bataille n’est pas terminée. En effet, en septembre 1996, trois photos et un procès-verbal ont été retrouvés prouvant la découverte d’un crâne qui aurait pu établir l’innocence de SEZNEC. Mais lorsque les avocats de Denis SEZNEC ont demandé la saisie des procès-verbaux relatifs à cette découverte, le procureur général de la République près la Cour de Cassation répondait, le 13 janvier 1997, que ces PV ainsi que l’ensemble du dossier criminel de Guillaume SEZNEC avaient été détruits lors de l’incendie du Parlement de Bretagne, en 1994 ! Or, depuis 1989, la commission de révision était en possession de la totalité du dossier…

Le petit-fils de Seznec a donc adressé un appel solennel au Président de la République. Reçu à l’Elysée le 23 avril 1997, il obtiendra également l’appui de sept ministres du nouveau gouvernement. La Gauche et la Droite unies pour appuyer la demande de révision, espèrent ainsi que la révision d’une grande affaire illustrera avec éclat la réforme de la Justice. Désormais seul le Garde des sceaux, peut formuler officiellement cette demande.

Devenue aux yeux des Français le symbole de l’erreur judiciaire, l’Affaire SEZNEC est la seule qui puisse montrer que la Justice commence à changer. Conscients de cet enjeu capital, de très nombreuses personnalités – de toutes obédiences politiques ou philosophiques – ont fait connaître publiquement leur soutien au combat mené.

Il est des circonstances où il est impérieux d’agir. Et au bon moment.
C’est pourquoi FRANCE-JUSTICE a été constituée. L’association soutient cette lutte extraordinaire.
Nous vous demandons de nous rejoindre afin de nous aider à faire changer notre justice.

Quelques-unes des personnalités soutenant ou ayant soutenu la lutte, en plus des 500 députés et sénateurs (de toutes les formations politiques) signataires de l’appel pour la révision

Victoria ABRIL – Henri AMOUROUX – Hervé BAZIN – Robert BADINTER – Raymond BARRE – Dominique BAUDIS – Guy BEDOS – Richard BOHRINGER – Yves BOISSET – Alphonse BOUDARD – jean-Denis BREDIN – Guy BRETON – CABU – Jean-Viaude CARRIERE – François CAVANNA – André CAYATTE – Jacques CHABAN-DELMAS – Jean-Pierre CHABROL – Edmonde CHARLES-ROUX – Patrice CHEREAU – Jean-Pierre CHEVENEMENT – Jacques CHIRAC – Jérôme CLEMENT – Gilbert COLLARD – Roger COLOMBANI – Claude CONFORTES – Gérard d’ABOVILLE – Frédéric DARD – Georges DECAUNES – Olivier de KERSAUZON – Catherine DENEUVE – Régine DESFORGES – Jean DELANOY – Pierre DESGRAUPES – Michel DEVILLE – Philippe de VILLIERS – Jean-Michel Di FALCO – Paule DUFOUR – Maurice DUGOWSON – Yves DUTEIL – Laurent FABIUS – Jean FERRAT – Irène FRAIN – Max GALLO – Jérôme GARCIN – Antoine GAUDINOT – Annie GIRARDOT – Pierre & Denis GRANIER-DEFERRE – Martin GRAY – Julien GREEN – Benoît GROULT – Paul GUIMARD – Robert HIRSCH – Robert HOSSEIN – Eugène IONESCO – Pierre JAKEZ-HELIAS – Yves JOUFFA – Marcel JULLIAN – Anna KARINA – Jean-Paul KAUFFMANN – Georges KIEJMAN – Claude LABBE – Henri LABORIT – Robert LAFFONT – Henri LECLERC – Jean-Marie LE CLEZIO – Maxime LEFORESTIER – Patrick LE LAY – Louis LE PENSEC – François LEOTARD – Roger LERAY – Roger LE TAILLANTER – Paul LOMBARD – Stelio LORENZI – Christophe MALAVOY – Jean MARAIS – Jean MARBEUF – Claude MAURIAC – Pierre MEHAIGNERIE – Charles MILLON – Alexandre MINKOWSKI – Michel MOHRT – Gaston MONNERVILLE – Théodore MONOD – Yves MONTAND – Jeanne MOREAU – Michèle MORGAN – Marcel MOULOUDJI – Philippe NOIRET – François NOURRISSIER – Gérard OURY – Marc PAJOT – Jean-Louis PELLETIER – Gilles PERRAULT – Jean PIAT – Claude PIEPLU – Abbé PIERRE – Claude PINOTEAU – Bernard PIVOT – Patrick POIVRE D’ARVOR – Frédéric POTTECHER – Jacques PRADEL – Yann QUEFFELEC – Jacques RENOIR – Bertrand RENOUVIN – Pierre RICHARD – Yves ROBERT – Madeleine ROBINSON – Michel ROCARD – Nathalie ROUSSEL – Jules ROY – Sonia RYKIEL – Françoise SAGAN – Maurice SCHUMANN – Patrick SEGAL – Claude SERILLON – Yves SIMON – Phillppe SOLLERS – Daniel SOULEZ-LARIVIERE – Erie TABARLY – Bertrand TAVERNIER – Haroun TAZIEFF – Bernard THOMAS – Pascal THOMAS – Olivier TODD – Guy TREJEAN – Didier VAN CAUWELAERT – Jean-Marc VARAUD – Françoise VERNY – Claude VILLERS – Georges WOLINSKI – Etc.