Morlaix, le 24 mai 1923. De bon matin, Guillaume Seznec s’installe à bord de la Cadillac garée devant la scierie pour prendre la route de Rennes. Il a rendez-vous à Rennes avec Pierre Quemeneur à l’Hôtel parisien vers 14h30, pour prendre ensuite la route de Paris.

La première partie du voyage ne se passe pas comme prévu. L’état de la belle américaine n’est pas particulièrement brillant. C’est pourtant cette Cadillac qui doit servir de première transaction au contrat de vente d’automobiles américaines que les deux associés partent négocier dans la capitale. Quemeneur a rendez-vous avec un Américain – un certain Cherdy – qui est son principal contact à Paris. Cet homme serait prêt à lui commander cent voitures. Rafistolée tant bien que mal, la voiture connaît plusieurs crevaisons. Tant et si bien qu’à 14h30, Seznec est encore sur la route qui doit le mener à Rennes…

De son côté, à l’Hôtel parisien, Quemeneur s’impatiente. Pendant son attente, il télégraphie à son beau-frère, Me Pouliquen, pour lui demander de lui expédier le chèque de 60 000 francs que le notaire a promis de lui rembourser sur sa dette, à Paris en poste restante sous forme de recommandé. Ce n’est que vers 19h30, à la nuit tombante, que la Cadillac fait son apparition. Seznec est épuisé, la route a été éprouvante. Les deux hommes décident de ne partir que le lendemain de très bonne heure et retiennent des chambres à l’hôtel. Puis ils vont dîner. Pendant le repas, Quemeneur insiste beaucoup sur le fait qu’il doit impérativement se trouver le 26 mai au matin à Paris pour se rendre à son rendez-vous avec Cherdy.

25 mai 1923 vers 5 heures du matin, il fait frais mais le ciel est dégagé. Quemeneur et Seznec, après avoir placé leurs valises à l’arrière du véhicule, prennent place à bord de la Cadillac ; Seznec est au volant.

Entre Paris et Rennes, il y a près de 400 Km ; les réparations font parties de ce qui est une véritable équipée à l’époque : changer les charbons du delco par exemple.

Premier arrêt à Ernée, en Mayenne où les deux associès prennent un petit déjeuner et en profitent pour faire le plein : 60 litres d’essence.

Ils reprennent alors la route mais doivent faire face à 2 crevaisons en quelques kilomètres… tant et si bien qu’à 12 heures, ils sont encore à 220 Km de Paris.

Les deux voyageurs s’arrêtent alors à Mortagne pour déjeuner et en profitent pour passer chez le garagiste qui effectue quelques réparations et mises au point sur le moteur. A peine repartis, nouvelle crevaison !

16 heures, la Cadillac pénètre enfin dans Dreux ; un joint de culasse vient de claquer. Direction le garage de Hodey, où l’on rafistole tant bien que mal le moteur défaillant. Mais là encore, à peine sortie de la ville et c’est une nouvelle panne : retour au garage.

Quemeneur prend le volant : direction Houdan, à 19 Km de Dreux. Houdan dépassée, la nuit tombe et l’un des feux arrière ne fonctionne pas. Il faut faire demi-tour et revenir à Houdan où Quemeneur achète des lanternes à vélo. Pendant que le quincailler les installe sur la Cadillac, les deux hommes vont dîner au Plat d’Etain. Là, Quemeneur passe un coup de fil… mais à qui ?

Quemeneur décide alors qu’il prendrait le train de 21 h 56. Il prend à nouveau le volant, direction la gare.

Seznec est endormi quand un arrêt brusque le sort de sa léthargie. Il ne sait pas où ils sont ; sans doute à Dreux. Quemeneur, lui, est déjà descendu, sa valise à la main.

    « Bon, j’y vais, dit-il. Toi, finalement, ce serait peut-être mieux que tu rebrousses chemin pour faire réparer sérieusement la voiture à Morlaix. Mais si tu préfères continuer jusqu’à Paris, je serai à l’hôtel de Normandie, en face de la gare Saint-Lazare. Allez, salut ! »

Seznec voit la silhouette de son ami se diriger vers la gare. Officiellement, on ne reverra jamais Quemeneur. Ni vivant, ni mort.

De son côté, Seznec ne sait que faire puis décide de continuer le voyage vers Paris.

Peu après La Queue-les-Yvelines, à proximité de Millemont, nouvelle panne. Il est 22 h 30. Il répare, mais le doute l’a assailli : comment pourrait-il vendre une voiture dans cet état ? Il vaut mieux retourner à Morlaix pour réparer !

Seznec fait donc demi-tour entre Houdan et La Queue-les-Yvelines puis c’est à nouveau la crevaison. Fatigué, il décide de s’arrêter et dormir.

Le lendemain, 5 h 30 un livreur de lait vend à Seznec un bidon d’essence de 5 litres ; plus tard, c’est le conducteur d’une camionnette qui aide Seznec à remettre en place le pneu sur sa jante. La Cadillac repart. Enième crevaison. Ayant perdu son cric, Seznec se débrouille avec les moyens du bord pour réparer la énième crevaison qui vient de survenir.

La voiture est réparée avec les moyens du bord et arrive enfin à La Queue-les-Yvelines. Seznec se restaure puis s’adresse à un réparateur de cycles pour consolider ses réparations. La Cadillac repart alors, Seznec, prévoyant, a fait le plein de carburant : 50 litres dans le réservoir plus un bidon.

A la sortie de dreux, vers 13 heures, panne de delco ; la cadillac repartira à 16 heures. Quand la nuit tombe, Seznec s’arrête à Pré-en-Paille pour se restaurer et dormir.

Le lendemain, suite du périple, avec succession de crevaisons et de pannes, comme il se doit.

C’est un homme exténué, conduisant une voiture rendant l’âme, qui rentre chez lui vers 2 ou 3 heures du matin. Il va se coucher sans réveiller personne. Nous sommes le 28 mai.