L’assemblée générale de France Justice s’est tenue le dimanche 27 octobre à la Mairie du 9e arrondissement.

Au cours de cette réunion, largement teintée de tristesse, notre Président a confirmé ce qu’il avait annoncé dans une longue lettre dont chacun de nous avait été destinataire : sa démission.

Personne n’a le droit de juger cette décision qui ne mérite qu’un mot : Respect.

Denis a mené pendant 40 ans un combat unique dans les annales judiciaires qui n’a d’égal peut être que celui de la famille LESURQUES (l’affaire du courrier de LYON) qui comme lui, a vu ses filles et après elles, son petit fils, tenter de réhabiliter Joseph LESURQUES guillotiné à tort en 1796. Comme Guillaume SEZNEC, Il ne l’aura jamais été.

Puis en 1995, Denis a créé France Justice, longtemps présidé par Marcel JULLIAN et qu’après sa mort, Simone VEIL avait accepté de présider si elle n’avait été nommée à la même époque, membre du Conseil constitutionnel.

Denis a porté à bout de bras l’association jusqu’à maintenant, parcourant la France, multipliant les conférences (plus de 1300 !!), remplissant les salles où avec passion et conviction il faisait découvrir les dessous de « l’affaire », racontait les horreurs du bagne ou dénonçait les monstruosités judiciaires qui avaient conduit les Patrick DILS, les innocentés d’Outreau, Christian IACONO, Michel GAUDIANI et hélas tant d’autres au fin fond de l’humiliation et souvent du désespoir.

Ce faisant, en regroupant au sein de l’association qu’il a souhaité dès l’origine résolument apolitique, des adhérents de toute obédience et de toute confession, il lui a conféré une autorité morale et une crédibilité rarement atteinte.

Aussi, s’est posée naturellement la question de savoir si ce bateau qui a surmonté au fil des années tant d’obstacles et bravé quelques coups de vent sérieux, devait rester à quai ou continuer de naviguer.

A l’unanimité, l’assemblée a souhaité que France Justice poursuive son action. A l’unanimité également, elle a souhaité que Denis en devienne le Président d’honneur.

A l’issue d’un débat avec l’assemblée, il est apparu clairement que France Justice ne pouvait plus continuer de répondre individuellement à des cas la plupart du temps désespérés, trop anciens et pour lesquels la justice était déjà passée parfois de façon trop sommaire, partiale et superficielle mais pour lesquels (sauf à les dénoncer ce que l’association a souvent fait) il n’y avait plus rien à espérer ce qui ne faisait qu’exacerber le ressenti des plaignants qui confiaient à FJ leurs ultimes espoirs que l’association n’avait hélas pas le pouvoir d’exaucer.

Aussi a-t-il été envisagé d’orienter France Justice différemment et d’en faire une plate forme d’étude, d’analyse et de proposition sur les grands sujets touchant plus particulièrement le monde judiciaire.

Parmi nos adhérents, de grands esprits et des grandes compétences reconnues peuvent y contribuer.

L’actualité permet de mesurer l’ampleur de la tâche dès lors qu’une immense remise à plat de la Justice est annoncée dans les mois à venir, que le monde carcéral et les prisons sont régulièrement montrés du doigt, que l’insécurité reste une préoccupation majeure de nos concitoyens, que la procédure pénale n’en finit pas d’être modifiée (20 réformes en 20 ans !), que la Justice française devient l’une des plus miséreuses de la communauté européenne…

Mais aussi, il est apparu nécessaire à l’assemblée que FJ fasse entendre davantage sa voix.

Elle l’a fait récemment à l’occasion des débats devant la commission parlementaire de l’assemblée nationale chargée de réfléchir et de présenter un projet de loi de nature à modifier la loi sur la révision des condamnations pénales. C’est en qualité de Président de France Justice que Denis y avait été convié.

Mais aussi par exemple, que FJ puisse se constituer partie civile à l’occasion de quelques affaires emblématiques où seraient en cause les valeurs qui nous animent.

Le socle de l’association existe. Un toilettage des statuts est sûrement nécessaire. Nous allons nous y employer et faire en sorte avec tous ceux qui partagent nos valeurs, de faire progresser la Justice, une des rares valeurs en laquelle les sondages montrent que les français continuent de croire et d’espérer (encore un peu…).

Le bureau est désormais composé comme suit :

  • Président d’honneur : Denis SEZNEC
  • Président : Me Jean Marie DIGOUT
  • Secrétaire : Marie MENANT
  • Trésorier : Martine GYSEN
  • Membres : Yves DUTEIL, Alain MARECAUX, Patrick DILS, Roselyne GODARD, Michel CIARDI