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Victimes d’erreurs judiciaires, ils veulent que la justice change (AFP)
PARIS, 3 avr 2011 (AFP, Par Pauline FROISSART)

Le système judiciaire a bouleversé, voire broyé, leurs vies : les acquittés d’Outreau, les parents de Florence Cassez ou un descendant du capitaine Dreyfus, victimes d’erreurs judiciaires ou se considérant comme telles, se battent pour que la justice change. Ils étaient réunis samedi à Paris pour l’assemblée générale de l’association France Justice, qui lutte contre les « dysfonctionnements » de la justice et revendique 2.000 membres.

« On veut que la justice reconnaisse ses erreurs et que la notion de doute s’incrive définitivement dans le droit français », résume Denis Seznec, qui a créé cette association en 1995, à l’origine pour obtenir la réhabilitation de son grand-père, Guillaume Seznec, condamné pour meurtre en 1924.

Parmi les membres de l’association figurent Alain Marécaux et Roselyne Godard, deux des treize acquittés de l’affaire de pédophilie d’Outreau, qui a fait basculer leur existence. « Avant Outreau, j’aurais dit que l’erreur judiciaire n’existait pas, n’était pas possible dans le pays des droits de l’Homme », confie à l’AFP Alain Marécaux, qui, après son acquittement, est redevenu huissier de justice. « Maintenant, je sais que ça existe mais je pense qu’on doit croire à la justice car sans justice, il n’y a pas de démocratie possible », dit-il d’une voix posée. « Je ne pourrai jamais tourner la page », souffle pour sa part Roselyne Godard, car « ça a détruit ma vie ». « Le 11 avril 2001, quand j’ai été convoquée au commissariat, j’avais une vie heureuse, une petite entreprise, un mari. Quand j’ai été acquittée trois ans et deux mois plus tard, je n’avais plus rien », raconte-t-elle à l’AFP la voix tremblante. Aujourd’hui, cette femme énergique aux cheveux courts et aux fines lunettes veut devenir avocate pour « défendre la voix des autres ».

« On est infiniment petit face à la justice », confie Bernard Cassez, le père de Florence Cassez, la Française condamnée au Mexique à 60 ans de prison pour enlèvements, délinquance organisée, port et possession d’armes. La Cour suprême du pays s’est déclarée mi-mars compétente pour examiner le recours en révision du jugement.
« C’est un combat inégal », soupire M. Cassez. « Florence a été condamnée à trois reprises alors qu’elle est innocente, elle l’a clamé dès la première minute. Ca nous dépasse complètement », affirme-t-il. Pour le chanteur Yves Duteil, qui s’est fait le porte-parole de Florence Cassez, « c’est un cas flagrant d’injustice ».
« Le dossier exprime l’ innocence de Florence mais il ne suffit pas de dire la vérité pour qu’elle éclate. « J’accuse » n’était pas le premier article de Zola par rapport à Alfred Dreyfus et il en a fallu plusieurs pour qu’il se fasse entendre », raconte le descendant du célèbre capitaine juif accusé de trahison.

Les cas où la justice a reconnu son erreur restent rares en France. Depuis la Seconde Guerre mondiale, seuls six hommes condamnés aux assises ont bénéficié d’une révision et ont été acquittés après un nouveau procès.
Pour Georges Fenech, magistrat et ancien membre de la commission parlementaire d’enquête sur Outreau en 2005/2006, rien n’a vraiment changé depuis. Cette commission fut « une montagne qui a accouché d’une souris », critique-t-il devant l’assemblée de France Justice. « Le coeur du système existe toujours. Il y a toujours des gens condamnés par erreur car notre système inquisitoire est extrêmement défaillant », estime-t-il.

« La réforme de la justice sera au coeur de l’élection présidentielle de 2012″, veut croire Denis Seznec, qui sollicitera chacun des candidats à la présidentielle pour évoquer ce sujet.