Condamné à seize ans de réclusion pour le viol d’une adolescente qu’il a toujours nié, cet ancien ouvrier agricole a déjà essuyé deux refus de suspension de sa peine.

Loïc Sécher a-t-il payé pour son profil de marginal ? En novembre 2000, cet ouvrier agricole de 47 ans, qui vit seul et boit sec, est arrêté par les gendarmes chez lui, à La Chapelle-Saint-Sauveur, un petit village de Loire-Atlantique. Il est accusé d’avoir agressé sexuellement à plusieurs reprises la fille de 13 ans d’un couple d’amis. Malgré ses protestations, l’homme est placé en détention provisoire pendant un an avant d’être libéré. En décembre 2003, il comparaît libre devant les assises de Nantes. Mais il se défend mal et le verdict tombe : seize ans de réclusion pour « viols, tentative de viol et agression sexuelle sur mineure ». Une peine confirmée en appel puis en cassation.

Coup de théâtre en avril 2008. Huit ans après les faits supposés, la victime désormais âgée de 22 ans, se rétracte. Fragile psychologiquement, la jeune femme, suivie en établissement spécialisé, écrit une lettre au parquet général de Nantes dans laquelle elle affirme avoir menti. « J’ai raconté beaucoup de bêtises », raconte-t-elle, demandant la libération de Loïc Sécher. A l’époque de l’instruction, l’adolescente, qui n’a jamais été confrontée à l’accusé, semblait avoir des problèmes avec des garçons de son collège. A la suite à ce courrier, Loïc Sécher, détenu à Nantes, dépose une requête en révision ainsi qu’une demande de suspension de peine. Demande une première fois rejetée en octobre 2008 puis en mars dernier. Le parquet général a toujours estimé que « la lettre de rétractation (n’était) pas seule de nature à justifier la suspension de l’exécution de la peine ».

« Pire qu’Outreau »
Aujourd’hui, les magistrats doivent se prononcer à proprement parler sur la demande révision de Loïc Sécher. Techniquement, la commission de révision peut soit rejeter la requête du condamné, soit décider de saisir la Cour de révision, seule habilitée à réviser une condamnation. Une démarche rarissime dans les annales judiciaires, d’autant que le 16 novembre, à l’audience, le ministère public a préconisé un rejet de la demande. Une réquisition qui a provoqué la colère de Loïc Sécher. Dans une lettre envoyée le mois dernier à RTL, celui-ci estime que la justice veut « le laisser crever en prison ». « Je suis victime du pire fiasco judiciaire de ces dernières années, à l’image de ce qu’ont vécu les victimes de l’affaire d’Outreau », écrit-il, se disant « victime d’Etat innocente » et en appelant à la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie.