GAV c’est un jargon professionnel. Il signifie garde à vue. Il y a 28 ans que la question se pose, mais elle n’est toujours pas résolue. Déclarée illégale par la Cour européenne des droits de l’homme, la garde à vue demeure, en France, une mesure de privation de liberté qui se banalise. En 2008, on a comptabilisé 579 000 cas qui relèvent de cette forme d’arbitraire ! Qu’en sera-t-il à la fin de cette année ? Pour rappeler ce triste record, sensibiliser l’opinion et rameuter les troupes, le bâtonnier du barreau de Paris, maître Christian Charrière-Bournazel, a lancé un appel solennel le 7 décembre, en présence de maître Henri Leclerc et de Robert Badinter, l’ancien ministre de la Justice, afin que cesse la mise au ban des avocats durant les interrogatoires menés par la police. Cette rencontre marque un tournant. En effet, si la justice n’est pas respectable dans sa forme, elle ne peut prétendre à l’équité. Et lorsque ce sont les avocats eux-mêmes qui sont retenus e garde à vue, déshabillés, et menottés, on frise le déni de justice. Or, c’est ce qui est arrivé à maîtres Caroline Wasserman et Christian Gay, venus témoigner ce jour-là. Ce dernier a d’ailleurs obtenu gain de cause auprès de la Commission nationale de déontologie de la sécurité, créée en 2000. L’idée qu’il faille changer la loi de la garde à vue fait aujourd’hui son chemin, au point de transcender le clivage droite-gauche pour réunir tous ceux qui se font une certaine idée de la justice.